Blog FibroVet Etiologie des maladies hépatiques chez le chien

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Nous tenons à remercier Maud Ménard, résidente ECVIM en médecine interne,et Ghita Benchekroun, maître de conférences en médecine interne à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort(ENVA),  pour la rédaction de cet article .

 

Les causes d’hépatopathies sont multiples chez le chien. Les causes d’hépatites aigues doivent être exclues par l’anamnèse et des recherches infectieuses. Lors de suspicion d’hépatite chronique, le test FibroVet™Screening peut être utilisé pour prédire la présence d’une fibrose hépatique cliniquement significative et évaluer la nécessité de réaliser des biopsies hépatiques.

étiologie chien

®Pexels

 

Le WSAVA Liver standardization group a publié en 2009 un consensus visant à uniformiser la classification des maladies hépato-biliaires chez le chien et le chat. Conformément à ces recommandations, les maladies hépatiques sont aujourd’hui classées selon 4 groupes : les anomalies vasculaires, les atteintes du tractus biliaire, les atteintes parenchymateuses, et les néoplasies. Un diagnostic étiologique est indispensable lors d’hépatopathie afin d’adapter le traitement et de préciser le pronostic. Les différentes causes d’atteintes parenchymateuses sont présentées dans cet article.  

Les atteintes parenchymateuses peuvent elles-mêmes être classées selon 5 groupes avec :

- les hépatites primaires (aigues ou chroniques) d’origine toxique, virale, idiopathique, ou secondaires à une surcharge en cuivre,

- les hépatopathies secondaires à une maladie métabolique (par exemple, les hépatopathies vacuolaires secondaires à un syndrome de Cushing),

- les hépatopathies secondaires à des maladies systémiques (par exemple à une hypoxie lors d’anémie),

- les hépatopathies réactives non spécifiques (par exemple lors d’endotoxémie ou de pancréatite),

- les cirrhoses, stade terminal des hépatites, indépendamment de la cause sous-jacente.

Dans cet article, nous détaillerons surtout les hépatites aigues, les causes d’hépatite chronique ayant été détaillées dans un autre article.

 

Hépatite aigüe

 

Causes infectueuses

 

Chez l’Homme, de nombreux cas d’hépatites sont secondaires à une infection virale. La situation est différente en médecine vétérinaire, puisque seule l’infection par le virus de l’hépatite de Rubarth (adénovirus canin de type I) est aujourd’hui clairement identifiée comme une cause virale possible d’hépatite chez le chien. Il s’agit d’une maladie cosmopolite devenue très rare en France du fait de la vaccination. Une autre cause virale  d’hépatite concerne les nouveaux nés ; il s’agit de l’herpesvirose.

La leptospirose est également une cause possible d’hépatite aigue. Des études récentes montrent que de nombreux chiens atteints de leptospirose aigüe ont des signes biochimiques d’atteinte hépatique. Si l’insuffisance rénale aigue  est la présentation clinique la plus classique (présente dans 90% des cas), une hépatite est rapportée de manière concomitante dans 10 à 20% des cas, et elle peut survenir seule. Les serovars icterhaemorrhagiae et pomona sont plus souvent retrouvés lors d’atteintes hépatiques sévères, alors que les serovars canicola et grippotyphosa sont  plus fréquemment identifiés lors d’insuffisance rénale aigüe avec atteinte hépatique modérée.

Enfin, la maladie de Tyzzer, consécutive à une infection à Clostridium piliforme (anciennement Bacillus piliformus) est une cause rare et rapidement fatale de nécrose hépatique multifocale. Il s’agit d’une infection opportuniste survenant chez de jeunes animaux immunodéprimés (lors de co-infection avec le virus de la maladie de Carré par exemple).

 

 

Causes médicamenteuses

 

Le foie occupe une place centrale dans le métabolisme des xénobiotiques, puisque 75 % de la perfusion hépatique provient de la veine porte. Beaucoup de médicaments peuvent causer des degrés variables d’atteinte hépatique. La toxicité peut être intrinsèque à la molécule utilisée, ou résulter d’une réaction idiosyncrasique. Lors d’hépatotoxicité intrinsèque, l’action du xénobiotique ou d’un de ces métabolites est directement responsable de la toxicité. A l’inverse, les réactions idiosyncrasiques semblent être à médiation immune et mettre en jeu des voies de signalisation de nécrose et d’apoptose, ou provoquer l’expression d’haptène ou de néo-épitope à la surface des hépatocytes.

Des réactions idiosyncrasiques sont rapportées lors d’administration de triméthoprim-sulfamides, d’amiodarone, d’oxybendazole, d’azathioprine et de carprofène. Une hépatotoxicité aiguë est possible lors du surdosage de nombreux anti-inflammatoire non stéroïdiens. L’utilisation d’AINS sur de longues durées à dose normale n’a pas été identifiée comme une cause possible d’hépatite sauf peut-être pour le carprofène. Dans une étude incluant des chiens traités pendant 2 à 4 semaines (certains ayant reçues doses supérieures aux recommandations), 21 chiens (dont 13 labradors) développent une toxicité hépatique. Les auteurs concluent à une possible réaction idiosyncrasique, et préconisent ainsi d’utiliser cette molécule avec précaution chez les chiens présentant une maladie hépatique pré-existante ou les labradors âgés.

L’utilisation de phénobarbital chez le chien est associée à une élévation modérée des enzymes hépatiques liée à une induction enzymatique (5 à 8 fois les valeurs usuelles supérieures pour l’activité enzymatique des PAL, et 2 à 4 fois les valeurs usuelles pour les ALAT). Dans de rares cas, le développement d’une hépatite chronique est rapporté. Une augmentation de l’activité des ALAT ou des PAL au-delà du seuil de tolérance, ou la survenue des signes cliniques compatibles avec une hépatite doit conduire à une exploration diagnostique.

 

 

Causes toxiques

 

Les causes toxiques les plus fréquentes sont l’ingestion de champignon, d’eau contaminée par des cyanobactéries, d’aflatoxine, d’acétaminophène,  de xylitol ou de cycas.

L’amanite phalloïde (champignon vénéneux) est toxique en raison de la présence d’un cyclopeptite : l’amanitine. Les signes cliniques se développent dans les 6 à 24 heures suivant l’ingestion et sont caractérisés par une hépatite aigue ainsi qu’une hypoglycémie. Une atteinte rénale concomitante est possible.

L’ingestion de microcystine, toxine produite par les cyanobactéries dans les eaux stagnantes peut également conduire à une hépatotoxicité. La sévérité de l’atteinte hépatique peut ne pas être reflétée par l’augmentation de l’activité des ALAT puisque la microcystine inhibe la synthèse des transaminases. 

Les aflatoxines  sont des métabolites de champignons saprophytes. La contamination s’effectue au cours de l’ingestion d’un aliment contaminé. En fonction de la quantité ingérée, une hépatite aigüe, subaigüe ou chronique peut se développer. Là encore, l’inhibition de la synthèse des transaminases par les aflatoxines peut conduire à une fausse impression de lésion hépatique mineure alors que les lésions hépatiques sont majeures. Un questionnement attentif du régime alimentaire (nature, changement récent) et les modalités de stockage de l’alimentation est important lors d’hépatite aigüe.

L’acétaminophène est à l’origine d’une toxicité hématologique (méthémoglobinisation) et hépatique.

Le xylitol, édulcorant retrouvé dans de nombreux produits, peut entraîner une hypoglycémie sévère chez le chien lors d’ingestion supérieure à 0.1 g/kg et une insuffisance hépatique aigüe lors d’exposition à des doses supérieures à 0.5 g/kg.

Enfin les cycas, contiennent une toxine : la cycasine. La concentration en cycasine est plus importante dans les graines et les racines, mais la toxine est présente dans toute la plante. L’ingestion d’une seule graine peut ainsi être toxique. La cycasine est métabolisée par les bactéries de l’intestin en méthylazoxylméthanol qui responsable de la toxicité hépatique et intestinale. Les signes cliniques surviennent entre 15 minutes et 3 jours après l’ingestion.

 

Hépatite chronique

Les hépatites chroniques canines sont le plus souvent idiopathiques. Dans de rares cas, une leptospirose ou une infection par l’adénovirus canine de type 1 sont identifiées comme étant à l’origine de l’hépatite chronique (mais le plus souvent ces infections sont associées à une hépatite aigüe).  Les hépatites secondaires à une surcharge en cuivre sont bien connues chez le Bedlington terrier et liée à une délétion au niveau du gène COMMD1. Des hépatites par surcharges en cuivre sont également rapportées dans d’autres races mais moins bien caractérisées (Westie, Skye terrier, dalmatien, labrador,..). L’hépatite lobulaire disséquante est une forme sévère d’hépatite, d’évolution rapide et souvent fatale en 2 à 4 semaines. Elle est caractérisée par une fibrose sévère et se développe chez de jeunes chiens. Voir notre article sur les races prédisposées.

 

Enfin, la cirrhose hépatique constitue le stade terminal des hépatites chroniques (indépendamment de la cause sous-jacente), elle peut être micronodulaire ou macronodulaire.

 

Autres

 Les infections bactériennes extra-hépatiques constituent une cause importante d’hépatopathie réactive non spécifique. Ces hépatopathies réactives doivent être considérées lors de toute hépatopathie dans un contexte infectieux (pyomètre, pyélonéphrite, péritonite) ou d’endotoxémie (parvovirose, …). L’amyloïdose hépatique est décrite chez le Shar Pei même si l’atteinte rénale est la plus significative sur le plan clinique. Enfin les hépatopathies vacuolaires sont fréquentes chez le chien.

 

Bibliographie : 

 

WASHABAU and DAY, Canine and Feline Gastro-Enterology, 2013

ETTINGER and FELDMAN, Textbook of veterinary internal medicine, 2010